Au regard de l’épaisseur du livre « chaque dépression a un sens », j’ai décidé de diviser cette chronique en deux parties… En voici la première !

Un mot sur l’auteur

Johann Hari (JH) est un journaliste et un écrivain britannique. Au cours de sa carrière, il a réalisé de nombreuses enquêtes d’envergure, reconnues pour leur sérieux, sur des sujets aussi divers que la lutte contre la drogue, la monarchie ou encore le fascisme.

Ayant lui-même été traité pour dépression par antidépresseurs pendant plusieurs années et ne voyant pas son état s’améliorer, il s’est décidé à partir en quête d’autres voies pouvant le conduire à la guérison. Pour ce faire, il est allé interroger de nombreuses personnes dépressives et les plus éminents scientifiques spécialistes de la question de part le monde pour tenter de comprendre les causes sous-jacentes de la dépression et les solutions qui pouvaient s’appliquer.

A découvrir dans cette chronique sur la dépression

En lisant cette première partie de chronique, vous découvrirez pourquoi la dépression ne se résume pas à un simple dérèglement du cerveau. Vous comprendrez également ce qui fait que les antidépresseurs ne peuvent constituer, selon JH, une thérapie efficace sur le long terme.

Enfin, vous apprendrez quels sont les 9 facteurs repérés par l’auteur comme étant les causes de la survenue de la dépression et de l’anxiété.

Introduction – Un mystère

En guise de propos introductifs, JH revient sur sa propre expérience de personne dépressive. Il explique qu’il a commencé à prendre des antidépresseurs à l’âge de 18 ans afin de lutter contre une angoisse et une anxiété latentes. Le médecin qui le suivait alors lui ayant expliqué que la cause de son mal-être se trouvait dans un dérèglement chimique à l’intérieur de son cerveau, il a longtemps considéré la dépression comme une maladie « classique » pouvant se soigner à l’aide de médicaments. Ainsi, à l’instar d’une infection pouvant se traiter à l’aide d’antibiotique, il lui paraissait logique qu’une dépression puisse se guérir avec des antidépresseurs.

Pourtant, JH remarquait un phénomène mystérieux. Si les antidépresseurs qu’il prenait le soulageaient toujours au début, leurs bienfaits s’estompaient systématiquement avec le temps l’obligeant à augmenter toujours les doses mois après mois et années après années.

Première partie : Quand la bonne vieille histoire a cessé de fonctionner

Chapitre 1 – La baguette magique

A la toute fin du XVIIIè siècle, un américain avait annoncé avoir découvert le remède à tous les maux. Il s’agissait d’une baguette de métal qui, selon son inventeur, disposait de propriétés spéciales lui permettant, tel un paratonnerre attirant la foudre, d’attirer la maladie hors du corps. Le plus étonnant est que sur le terrain, de nombreuses personnes souffrant de troubles apparemment incurables se disaient effectivement délivrées de leur souffrance grâce à cette baguette et à ses pouvoirs miraculeux.

A la même époque, un médecin anglais, répondant au nom John Haygarth n’arrivait pas à y croire. Tous ces témoignages de guérison spontanée allait à l’encontre des enseignements qu’il avait reçu et de son expérience. Pour lui, la maladie ne ressemblait pas à une énergie désincarnée que l’on pouvait simplement dissoudre dans les airs. Et pourtant, les patients qui défilaient devant lui, vantant les mérites de cet instrument, existaient bel et bien.

En 1799, dans l’optique d’y voir plus clair, il mit sur pied une expérience surprenante. Il prit une simple baguette en bois et la recouvrit de métal usagé. Ensuite, accompagné de 5 autres médecins, il rendit visite à 5 patients de son hôpital paralysés par des douleurs chroniques en leur expliquant qu’il avait acquis la fameuse baguette miraculeuse. Après avoir déplacé son instrument à la surface du corps de chaque patient, il constata avec ses collègues que 4 se dirent immédiatement soulagés, dont 3 notablement.

Par la suite, le docteur Haygarth demanda à l’un de ses amis médecin de réitérer l’expérience. Ce-dernier releva les mêmes résultats étonnants. Au fil du temps, les médecins firent varier l’expérience en changeant les objets, utilisant tantôt un os recouvert de métal, tantôt une vielle pipe à tabac. A chaque fois, ils observaient le même succès. Avec le temps toutefois, les médecins remarquèrent que chez certains patients, les effets ne persistaient pas.

En fait, ce qu’avait mis en évidence Haygarth et ses collègues c’est qu’en donnant un traitement médical à un patient, on lui donnait en réalité deux choses : un médicament produisant un effet chimique dans le corps et une histoire concernant la manière dont ce médicament agirait sur lui. En outre, une chose inattendue se dessinait : l’histoire que l’on raconte est souvent aussi importante que le médicament prescrit. Ce phénomène étrange fut bientôt connu sous le nom d’effet placebo.

Bien des années plus tard, un professeur de l’université de Harvard spécialiste de l’effet placebo mena des recherches d’envergure pour définir la part de cet effet placebo dans le traitement de la dépression à l’aide d’antidépresseurs. A sa grande surprise, il découvrit que 25 % des effets des ces derniers étaient dus à une rémission naturelle, 50 % à l’histoire qui les entouraient et seulement 25 % aux actifs chimiques. De plus, les données montraient que les effets secondaires du traitement étaient eux bien réels. Pour cause, nombre de patients développaient des troubles sexuels, une prise de poids ou encore une transpiration anormale.

Chapitre 2 – Déséquilibre

L’explication médicale la plus admise concernant la cause de la dépression est celle consistant à dire que le cerveau, pour bien fonctionner, a besoin d’une certaine quantité de sérotonine, une hormone agissant sur l’humeur et l’état de bonheur, et que, si cette dernière vient à manquer, le cerveau est comme à court d’essence amenant son possesseur à sombrer dans un état dépressif.

Le professeur de Harvard dont il était question à l’instant, après s’être aperçut que les effets des antidépresseurs censés agir sur le taux de sérotonine dans le cerveau n’agissaient pas de la manière escomptée, commença à se poser une question plus radicale : « Qu’est-ce qui prouvait qu’un déséquilibre du niveau de sérotonine, ou de n’importe quelle autre substance chimique dans le cerveau était la principale cause de la dépression ? ». Pour y répondre, il se lança dans des recherches plus avancées.

Il découvrit que les études sérieuses (respectant les canons scientifiques) et indépendantes (non financées par les laboratoires pharmaceutiques) menées sur le sujet n’identifiaient aucun lien entre la dépression et la sérotonine. Certains travaux montraient même qu’en faisant baisser artificiellement le taux de sérotonine dans l’organisme de patients, ces derniers ne connaissaient pour la plupart ni changement d’humeur, ni d’état dépressif. Dans la même veine, d’autres recherches concluaient que les antidépresseurs qui augmentent le niveau de sérotonine dans le cerveau ont le même effet, relativement limité, que les médicaments qui le réduisent et que ceux qui augmentent le niveau d’autres substances chimiques comme la dopamine et la norépinéphrine.

Au regard de ces résultats, une nouvelle question survenait : « Puisque, a priori, peu importait la substance chimique sur laquelle on agissait, le résultat était le même, que pouvaient avoir en commun ces différents traitements ? ». Pour le scientifique de Harvard, une seule chose était en mesure d’expliquer ces résultats : l’effet placebo, c’est-à-dire la croyance des patients dans l’efficacité des médicaments.

Pour autant JH ne nie pas le fait qu’une fois retiré l’effet placebo des études, les antidépresseurs montrent une efficacité minime, et que par conséquent ils peuvent être utiles à certains malades.

Chapitre 3 – L’exception du deuil

Pour être diagnostiqué dépressif d’un point de vue médical, il est nécessaire de présenter quasi quotidiennement 5 des 9 symptômes suivants :

  1. Une humeur dépressive
  2. Une perte d’intérêt ou du plaisir pour toutes ou presque toutes les activités
  3. Une perte ou un gain de poids significatif en l’absence de régime
  4. Une insomnie ou une hypersomnie
  5. Une fatigue ou une perte d’énergie
  6. Une agitation ou un ralentissement psychomoteur
  7. Un sentiment de dévalorisation ou de culpabilité
  8. Une diminution de l’aptitude à penser et à se concentrer
  9. Des pensées de mort ou des idées suicidaires récurrentes

En essayant d’appliquer cette liste de symptômes, les médecins se heurtèrent à un fait embarrassant : presque toutes les personnes qui viennent de perdre un proche remplissent les critères de la dépression et doivent donc, en toute logique, être considérés comme malades. Pour ce sortir de cela, un échappatoire fut mis en place. On l’appela : « L’exception du deuil ».

Il est donc possible de présenter les symptômes de la dépression sans pour autant être considéré comme dépressif dans une seule circonstance : si vous avez perdu proche. Toutefois, si après une année vous êtes toujours bouleversé, on vous classera parmi les patients souffrant de désordres psychiques.

Pour certaines personnes dont des scientifiques de renom, prétendre qu’être en deuil au-delà d’une certaine période arbitrairement définie est une pathologie, une maladie qui doit être traitée par un médicament, revient à nier ce qui fait notre humanité. Pour elles, cette concession soulève en plus d’autres questions : « Pourquoi la mort serait-elle le seul événement face auquel la dépression constitue une réponse normale et adaptée ?, Pourquoi ne serait-ce pas justifié si votre mari vous quittait après 30 ans de vie commune ? Pourquoi pas si vous étiez forcé de consacrer les 30 années à venir à un travail que vous détestez ? ».

Et si la dépression était en fait une sorte de deuil, un deuil lié au fait que nos vies ne sont pas telles qu’elles devraient être ? Et si la dépression était le deuil des liens dont nous avons besoin et que nous avons perdus ?

Chapitre 4 – Le premier drapeau sur la lune

Si dans la communauté scientifique, il semble exister un accord sur le fait qu’il existe 2 types de dépression, l’une, appelée « endogène », liée à un dysfonctionnement au niveau du corps ou du cerveau ; l’autre, nommée « réactionnelle » s’expliquant par un bouleversement personnel (deuil, perte d’un emploi, maladie, problèmes économiques…), il n’existe pas de critères permettant de faire la distinction entre dépression « endogène » ou « réactionnelle ».

Afin de permettre un distinguo entre les 2 formes de dépression, plusieurs scientifiques ont mis sur pied, il y a quelques années, une étude importante. En interrogeant de manière systématique des personnes « non-dépressives » et « dépressives », ils voulaient savoir s’il y avait des différences significatives entre les 2 groupes en matière d’événements de vie difficiles ou de facteurs stressants. Voici les principaux résultats qu’ils ont obtenus :

  • Parmi les patients qui n’avaient pas développé de dépression, seulement 20 %, avaient connu un événement malheureux significatif l’année précédente. Pour les dépressifs cela s’élevait à 68 %.
  • Les patients dépressifs avaient 3 fois plus de chances que les non-dépressifs d’avoir été exposés durablement à de sérieux facteurs de stress (un mariage à l’agonie, une situation financière délicate, des difficultés au travail…) l’année précédent le début de leur dépression.
  • A l’inverse, avoir dans sa vie des éléments positifs et stabilisants (relation de couple heureuse, nombreux amis proches…) réduisait massivement la probabilité de développer une dépression.
  • En additionnant le fait d’avoir connu un événement difficile et d’avoir été exposé durablement à des facteurs de stress important, les risques de dépression augmentaient de manière exponentielle.

Pour les chercheurs, au vue de ces résultats, il n’y avaient pas de doute admis : la survenue d’une dépression était, dans une écrasante majorité de situation, une réaction normale face à l’adversité. De plus, cela reléguait l’hypothèse d’un dysfonctionnement chimique du cerveau loin au second plan.

Deuxième partie : Rupture des liens, les 9 causes de la dépression et de l’anxiété sévère

Chapitre 5 – Relever le défi

Dans ce court chapitre, l’auteur indique qu’au cours de son enquête, en échangeant avec de nombreux psychologues et sociologies à travers le monde, il a pris conscience d’un point commun à l’ensemble des causes de la dépression présentées dans la suite de l’ouvrage. Ce sont toutes des formes de déconnexion qui renvoient à la manière dont nous nous trouvons coupés de choses dont nous avions un besoin inné et qu’il semble que nous ayons perdu au cours de notre vie.

Chapitre 6 – 1ère cause : l’enfermement dans un travail privé de sens

Entre 2011 et 2012, une entreprise de sondages a conduit une étude fouillée sur le bien-être au travail. En se fondant sur les réponses de millions de travailleurs dans 142 pays, des résultats éloquents furent mis en exergue :

  • 13 % des sondés déclaraient être investis dans leur travail, c’est-à-dire enthousiastes, dévoués et se sentant comme des contributeurs au bon fonctionnement de l’organisation qui les employait.
  • 63 % des gens remontaient à l’inverse ne pas être investis. Ces personnes disaient traverser leurs journées comme des somnambules, se contentant de consacrer du temps mais non de l’énergie ou de la passion à leur travail.
  • 24 % des personnes interrogées se disaient totalement désinvesties. Ainsi, elles se sentaient malheureuses au travail et s’appliquaient à manifester leur mécontentement.

En regardant ces chiffres, il est frappant de constater qu’il y a environ 2 fois plus de gens qui détestent leur travail que de gens qui l’aiment et que pour 90 % des gens aller au travail n’est pas une source d’épanouissement. Or, cette chose que la plupart d’entre nous n’aimons pas faire et qui nous transforme en zombies, voire pire, nous occupe la majeure partie de notre vie.

Mais qu’est-ce qui permet à un travail d’être épanouissant ? Les études réalisées dans ce domaine sont nombreuses et permettent de mettre en avant certains facteurs.

  • Le premier est l’autonomie qui renvoie au fait de disposer dans l’exercice de ses missions de marges de manœuvre suffisante.
  • Le deuxième est le contrôle qui fait référence à la possibilité d’influer sur la manière de réaliser son travail et sur les décisions prises dans l’organisation.
  • Le troisième est « l’équilibre entre l’effort fourni et la récompense » qui se rapporte au fait que pour se sentir bien dans leur travail, les personnes doivent sentir que ce qu’elle donne à l’entreprise (temps, énergie…) est équitable par rapport à ce qu’elles reçoivent en échange (argent, reconnaissance…)
  • Le quatrième est la stimulation. Il est montré que l’ennui est capable de détruire une personne bien plus efficacement et rapidement que la charge de travail excessive.

Chapitre 7 – 2ème cause : la perte du lien avec les autres

La solitude pèse de plus en plus lourd dans les sociétés occidentales et, les gens qui déclarent se sentir seuls sont de plus en plus nombreux. Les recherches menées à ce sujet montrent que le fait de se sentir seul faisait monter en flèche le taux de cortisol, l’hormone liée au stress, à tel point qu’il pouvait atteindre des niveaux comparables à ceux observés dans le cas d’événements très perturbants. Ainsi, la solitude a le pouvoir de créer un stress aussi important qu’une agression physique.

Dans une autre optique, nous savons que les personnes isolées ont :

  • 3 fois plus de chances d’attraper un rhume par rapport aux personnes ayant de nombreux amis proches. Ce qui est le signe d’un affaiblissement du système immunitaire
  • 2 à 3 fois plus de chance de mourir dans le cas d’un cancer, d’une maladie cardiaque ou de troubles respiratoires toujours en comparaison avec des personnes entourées
  • Plus de chances de tomber en dépression que la population générale
  • Un sommeil de moins bonne qualité (avec plus de réveils au cours de la nuit)

S’il est observé que la solitude produit des effets physiques et psychologiques, le plus étonnant, parmi l’ensemble des résultats scientifiques, est que la solitude semble être, le plus souvent, une des causes de la dépression plutôt qu’une de ses conséquences. Autrement dit, on est d’abord isolé avant de sombrer dans le désespoir.

Pourquoi cela ? Les chercheurs spécialistes du sujet pensent que l’espèce humaine étant apparue dans la savane, dans un milieu hostile et dangereux, nous ne serions simplement pas là aujourd’hui si nos aïeux n’avaient pas trouvés le moyen de coopérer. Ils partageaient leur nourriture, veillaient à tour de rôle sur les malades, abattaient de gros animaux et ne pouvaient survivre qu’en développant un réseau dense d’interactions sociales et un nombre important d’engagements réciproques.

Par conséquent, il semble logique de penser que le sentiment de terreur et d’hypervigilance provoqué par une solitude prolongée s’est développé afin de pousser les individus à rejoindre la tribu et à les inciter à traiter les autres avec respect afin d’éviter l’exclusion.

Or, notre mode de vie actuel met de plus en plus à mal les activités réalisées en groupe. Il faut savoir qu’en moyenne nous nous impliquons moins dans la vie de la communauté dans laquelle nous vivons que nos ancêtres. Ainsi, entre 1985 et 1994, il a été montré aux états unis que l’engagement communautaire avait baissé de 45 % et qu’entre 1994 et 2004, un américain moyen avait vu le nombre de ses amis proches divisé par 3.

En France, en une décennie la proportion de personnes se sentant isolées a doublé chez les moins de 40 ans. A ce jour, 700 000 personnes âgées de 15 à 30 ans se trouvent en situation de grave isolement social ce qui veut dire qu’elles ne connaissent aucune interaction sociale régulière, que ce soit avec des amis, de la famille, des voisins ou des camarades de classe.

Outre ces chiffres, le problème de la solitude est qu’elle s’auto-entretient. Ainsi, les personnes isolées, du fait qu’elles ne sont pas intégrées à un groupe et donc protégées par lui, développent une forme d’hypervigilance inconsciente. Tout se passe comme si leur cerveau augmentait sa capacité à repérer les dangers potentiels induisant l’impression que les autres sont des étrangers dont il faut se méfier. Paradoxalement, ces personne se mettent donc à craindre la chose dont elles ont le plus besoin et reçoivent de moins en moins d’amour à mesure qu’elles deviennent de plus en plus difficiles à fréquenter.

Un autre point à prendre en compte est que le fait de se sentir seul n’a rien à voir avec le nombre de personnes avec qui on parle chaque jour ou chaque semaine : il est fort probable de se sentir plus seul dans le métro parisien à une heure de grande influence qu’avec son meilleur en train de boire un café chez soi.

Ainsi, nous savons que pour se libérer de la solitude, on a besoin des autres, mais aussi d’un élément supplémentaire. On doit sentir que l’on partage avec eux quelque chose qui compte, quelque chose qui nous rapproche et ce quelque chose peut être n’importe quoi du moment qu’on y accorde une valeur et un sens. Ainsi, les recherches mettent en avant que pour mettre fin à la solitude, il est nécessaire de développer une relation d’aide et de protection mutuelle avec au moins une autres personne et dans l’idéal avec beaucoup d’autres.

Au final, tout comme une abeille privée de ruche ne peut subsister longtemps, un homme privé de son lien avec le groupe ne peut rester sain d’esprit.

Chapitre 8 – 3ème cause : un environnement de valeurs en toc

Depuis plusieurs milliers d’années, les philosophes ont pointé le fait que survaloriser la possession de biens matériels et d’argent, ou que vivre pour l’image que les autres avaient de nous, ne pouvaient nous rendre que malheureux.

Le tout premier projet de recherche mené sur cette question montra que les personnes matérialistes, qui pensaient que le bonheur était lié à l’accumulation des biens et d’un statut social important étaient bien plus sujettes à la dépression et à l’anxiété. Depuis, les travaux successifs n’ont fait que préciser et étoffer cette conclusion en mettant en avant que les personnes matérialistes souffrent davantage de maux et se mettent plus souvent en colère, qu’elles connaissaient moins de moments de joie et qu’elles sombraient plus facilement dans la désespoir.

L’explication de ce phénomène tient pour partie dans ce que les psychologues appellent la motivation. Ils en distinguent 2 types :

  • Les motivations intrinsèques : ce sont les choses que nous faisons simplement parce que nous leur accordons une valeur en elle-même et non parce que nous espérons en tirer quelque chose
  • Les motivations extrinsèques : ce sont les choses qu’on fait, non pas parce que l’on veut les faire, mais parce que nous en recevons quelque chose en échange : de l’argent, des biens, de l’admiration ou encore un statut plus avantageux.

Ces mêmes psychologues savent également que le fait d’atteindre des objectifs extrinsèques (donc matérialistes) ne rend pas plus heureux et que leur poursuite demande beaucoup d’énergie.

A contrario, l’atteinte d’objectifs intrinsèques permet :

  • Une augmentation du niveau de bonheur
  • Une diminution du risque de développer une dépression et de l’anxiété
  • Une plus grande satisfaction de sa vie

Mais qu’est-ce qui est nocif dans la poursuite d’objectifs matérialistes ou de buts extrinsèques ? Et bien, si cette attitude est psychologiquement toxiques c’est pour 4 raisons :

  • La première est que penser uniquement en termes matérialistes empoisonne nos relations avec les autres. Ainsi, il a été montré que les personnes matérialistes avaient des relations de plus courte durée et de moins bonne qualité. Cela semble logique puisqu’un individu matérialiste n’hésitera pas à laisser tomber quelqu’un pour le premier venu qui aura plus d’attrait ou de charisme. De plus, si seule l’apparence compte vous serez certainement moins agréable à fréquenter, si bien qu’il sera d’autant plus probable que les autres vous laissent tomber à leur tour.
  • Le seconde tient dans ce que les matérialistes connaissent moins de moments où ils se laissent tout simplement aller à faire des choses qu’ils aiment en profitant de la magie de l’instant. Ce qui ne laisse que peu de place au plaisir.
  • La troisième est que les activités extrinsèques conduisent les personnes à se concentrer sur les opinions des autres et à s’inquiéter en permanence des louanges ou des gratifications qu’elles pourraient obtenir d’autrui.
  • La quatrième renvoie au fait que nous avons tous des besoins innés, tels qu’être entouré, se sentir valorisé, en sécurité, avoir l’impression qu’on fait quelque chose d’utile et de disposer d’une certaine autonomie. Or, le mode de vie matérialiste ne permet pas de nourrir ces besoins.

Bien entendu, le fait que nous adhérions plus ou moins à ces valeurs matérialistes n’est pas uniquement une affaire individuelle. En effet, nous baignons, du soir au matin, dans un système qui n’a de cesse de nous détourner de ce dont bous avons réellement besoin. Une illustration à cela est la publicité et ses effets. Ainsi, il est montré que plus les dépenses publicitaires sont élevées, plus les adolescents deviennent matérialistes et plus il est probable qu’ils développent une forme d’anxiété et/ou de dépression.

Selon JH, il est donc urgent de nous sortir du marasme matérialiste qui nous entoure pour nous forcer à réaliser des activités intrinsèques qui nous nourrissent sur le plan psychologique : jouer avec ses enfants, faire des activités qui nous plaisent, prendre le temps de profiter de l’instant présent.

Chapitre 9 – 4ème cause : le déni des traumatismes infantiles.

Les recherches montrent que les traumatismes vécus dans l’enfance jouent un rôle important dans la survenue de la dépression. Les personnes ayant vécu des traumatismes durant l’enfance ont 5 fois plus de chance de tomber en dépression une fois adulte.

En France, de nombreuses études suggèrent que les abus sexuels survenus dans l’enfance sont en grande partie responsables du taux particulièrement élevé de dépression dans le pays. Il faut savoir que lors d’une enquête menée en 2015, une femme sur cinq et un homme sur quatorze avaient déclaré avoir été victime de violences sexuelles.

En outre, il semble que les violences psychologiques soient les événements qui augmentent le plus la probabilité de développer une dépression.

Ces résultats nous amènent à penser que la dépression n’est pas une maladie, mais une réaction normale à des expériences anormales.

Chapitre 10 – 5ème cause : la privation de la considération sociale et du respect des autres

Les primatologues ont découvert que le niveau de stress des singes atteint des sommets dans deux types de situation : lorsque leur statut social est menacé et lorsqu’ils occupent une position d’infériorité au quotidien. Dans ces 2 types de contexte, il est observé chez les animaux les mêmes changements que ceux qui se produisent chez l’humain lorsqu’il est en dépression.

Aujourd’hui, de nombreux psychologues pensent que la dépression est, chez l’homme, une sorte de réaction de soumission. Une façon inconsciente de dire « stop, laissez moi, vous n’êtes pas obligé de me frapper, je ne suis pas une menace ».

Ainsi, il est probable que la dépression puisse, au moins en partie, être la résultante de l’humiliation que le monde contemporain inflige à bon nombre d’entre nous. Il suffit pour s’en convaincre d’allumer la télévision et pour entendre dire que les célébrités et les riches sont les seules qui comptent. Il suffit encore de se rendre sur internet pour considérer notre corps, pourtant bien proportionné, comme une chose hideuse. Il suffit enfin de mettre un pied dans certaines entreprises pour être amené à obéir aux caprices d’un patron invisible qui gagne 100 fois plus que soi. Et, même lorsque nous échappons à toutes ces humiliations, nous n’échappons guère à la crainte constante de perdre notre statut social. Par conséquent, nous sommes toutes et tous placés dans une situation d’insécurité constante qui mine, jour après jour, notre santé psychologique.

A ce propos, des travaux sur l’homme ont montré que plus une société était inégalitaire, plus il y avait de maladies mentales. Et que, plus les inégalités étaient importantes et plus le niveau de dépression grimpait.

Or, nous vivons aujourd’hui dans un monde où les écarts de revenu sont plus marqués que jamais auparavant au cours de l’histoire.

Chapitre 11 – 6ème cause : la séparation d’avec la nature

Les observations menées sur les animaux élevés en captivité montrent que lorsqu’ils sont privés de leur milieu naturel, ils tendent à développer les symptômes d’un désespoir extrême. Ainsi, il arrive que des perroquets s’arrachent les plumes, que des chevaux remuent sans pouvoir s’arrêter ou encore que des éléphants émoussent leurs défenses en les frottant sur les murs de leurs enclos. Tout ces comportements particuliers ne sont jamais observés chez les animaux vivant en liberté dans leur milieu naturel.

Au regard de ces éléments, il peut être intéressant de se demander si les humains, eux aussi, ne présenteraient pas des troubles spécifiques dès lors qu’ils sont séparés de leur habitat naturel. Certaines données le laissent à penser. En effet, nous savons que :

  • Les maladies mentales sont beaucoup plus fréquentes dans les villes que dans les campagnes
  • Les personnes qui déménagent de la ville à la campagne voient une forte réduction de leur niveau de dépression, et, à l’inverse le fait de passer de la campagne à la ville augmente le risque de tomber en dépression

Sur la base de ces conclusions et pour s’assurer que ces effet ne pouvaient pas s’expliquer par d’autres facteurs (plus de tissu social, taux de criminalité plus faible…), des chercheurs mirent au point des travaux spécifique. Ils demandèrent à des citadins de faire une randonnée dans la nature puis mesurèrent leur variation d’humeur et leur niveau de concentration. Les résultats mirent en avant que les personnes se sentaient plus heureuse et arrivaient à mieux se concentrer après la promenade. Ces effets étant particulièrement spectaculaires chez les personnes dépressives.

Si le manque de contact avec la Nature semble être en lien avec l’apparition de la dépression dans les travaux précédents, un autre point à considérer est le mouvement réalisé lors d’une randonnée. Car oui, nous sommes des animaux comme les autres et que, en tant qu’animaux, nous avons besoin de bouger. Et la science l’a montré : l’activité physique réduit significativement la dépression et l’anxiété.

De plus, les chercheurs en comparant des personnes qui courent sur un tapis et celle qui courent dans la nature, quoiqu’ils aient observé une réduction de la dépression dans les 2 cas, ils ont constaté une baisse plus importante chez les personnes faisant de l’exercice en plein air.

Chapitre 12 – 7ème cause : la perte de tout espoir et l’incertitude face à l’avenir

Une des caractéristiques de la dépression, pour les personnes qui en souffrent, est la perte de tout sens de l’avenir. Il est prouvé que les populations où le sentiment d’avoir un avenir favorable est faible sont celles où la propension de cas de désordres psychologiques est la plus forte. Ainsi, le sentiment d’un avenir favorable semble constituer un rempart contre le désespoir.

Pour illustrer cela, JH prend l’exemple de la France qui est l’un des pays les plus pessimistes au monde où près de 59 % de la population déclarent être inquiète au sujet du futur. Ce chiffre pourrait expliquer en partie pourquoi 200 000 Français tentent de mettre fin à leurs jours chaque année et pourquoi la France, en proportion de la taille du pays, possède une taux de suicide 2 fois plus important qu’en Grande-Bretagne ou en Espagne.

Chapitre 13 – 8ème et 9ème cause : le véritable rôle des gènes et des modifications cérébrales

L’imagerie cérébrale nous permet de savoir que le cerveau d’une personne dépressive ou extrêmement anxieuse ne ressemble en rien à celui d’une personne en pleine santé. Les zones relatives au sentiment de malheur et à la perception du danger sont plus actives et plus étendues.

Ces observations pourraient laisser à croire que c’est bien le cerveau des personnes dépressives qui crée le problème. Or, il paraît en aller tout autrement.

Pour vous en rendre compte, imaginez que vous fassiez la radio des bras d’un homme maigre et frêle et que vous lui fassiez suivre un cours d’haltérophilie pendant 6 mois, et, qu’ensuite vous lui refassiez passer une radio. Vos observations avant et après entraînement seraient tout à fait différentes en ce sens que les bras de la personne vous sembleraient avoir changé d’apparence. Pour le cerveau c’est la même chose, il se transforme en fonction de la manière dont on l’utilise : c’est ce que l’on appelle la neuroplasticité.

Ainsi, ce n’est pas le cerveau qui fait apparaître la dépression mais la dépression qui modifie le fonctionnement de notre boîte mentale. Il serait donc plus juste de dire que la détresse causée par le monde extérieur provoquent les changements internes du cerveau.

En effet, lorsqu’il est soumis à une longue période de souffrance intense, le cerveau tend à en conclure qu’il va passer le reste de sa vie dans cet état, de sorte qu’il puisse se mette à désactiver les réseaux neuronaux consacrés à la joie et au plaisir tout en renforçant ceux liés aux sentiments de peur et de désespoir.

Si le cerveau n’est pas la source de la dépression, qu’en est-il des gènes ?

Les travaux scientifiques menés sur la question n’ont pas permis d’identifié de gène ou de séquence génétique à l’origine de la dépression ou de l’anxiété. Il est cependant mis en exergue que le facteur génétique joue un rôle important dans leur survenue. Il est par exemple montré que la dépression est héritée à 37 % et l’anxiété sévère à 30 %. Pour vous donner une idée ce que cela représente, sachez que la taille que vous mesurez est déterminée à 90 % par vos gènes alors que votre capacité à parler anglais l’est à 0 %.

Pour autant, même avec la présence d’un patrimoine génétique « favorable » à la survenue de la dépression et de l’anxiété, en l’absence d’événements traumatiques vous n’avez pas plus de chances que les autres de développer une dépression. Ainsi, vos gènes peuvent vous rendre plus vulnérables mais ils ne déterminent pas votre destinée.

Vous avez envie d’en savoir plus, je le sens… Pour assouvir votre désir, vous êtes libre d’aller découvrir la seconde partie de cette chronique dans laquelle vous découvrirez 7 clés pour sortir de la dépression. Comment faire ? Il vous suffit de CLIQUER ICI.

A tout de suite…

Faîtes déstresser les autres
  • 3
  •  
  •  
  •  
  •  

Laisser un commentaire