Chronique #6-2 : Les enfants et le stress traumatique

Chronique #6-2 : Les enfants et le stress traumatique

Vous êtes sur le point de dévorer la seconde partie de la chronique du livre de Bessel Von der Kolk (BDVK), « Le corps n’oublie rien », dans laquelle vous apprendrez :

  • Comment le stress traumatique peut se développer pendant l’enfance et quelles sont les conséquences possibles de cela à l’âge adulte.
  • Comment la nature du lien qui se développe entre la mère et son enfant, pendant les 2 premières années de ce dernier, influence son comportement à l’âge adulte.

Juste avant de poursuivre votre lecture, je me permets de vous signaler que les quelques lignes ci-dessous constituent la suite de la première partie de la chronique qui est disponible en CLIQUANT ICI. En la lisant, vous en découvrirez plus sur les caractéristiques du traumatisme et apprendrez :

  • Les effets typiques d’un événement violent sur le fonctionnement du cerveau ;
  • A reconnaître les symptômes spécifiques du syndrome de stress post-traumatique ;
  • Que les événements violents et terrifiants ne sont pas les seules causes de traumatisme et que, les carences affectives et les négligences sont aussi à l’origine de troubles.
  • Les approches efficaces pour conduire les victimes sur les chemins de la guérison.

Très bonne lecture.

Le corps n'oublie rien - Les enfants et le stress traumatique
Le corps n’oublie rien – Le traumatisme des enfants

Partie 3 : L’esprit des enfants

Chapitre 7 – Se mettre sur la même longueur d’onde : l’attachement et l’accordage

Une base sécure

Dès qu’un enfant naît, il crie et pleure pour signaler sa présence. Aussitôt, et lorsque tout est normal, une personne lui répond et s’occupe de lui. Tout au long de son développement il est baigné, langé, soigné, câliné, consolé et nourrit jusqu’à ce qu’il apprenne, petit à petit, à prendre soin de lui tant physiquement qu’émotionnellement.

Ce qui guide l’enfant dans son apprentissage de l’autonomie est essentiellement lié à ce qu’il observe au quotidien et à la manière dont les autres s’occupent de lui.

Dès lors, les enfants dont les parents sont des références stables, sécurisantes et des sources de bien-être vont développer des capacités importantes, notamment celle d’être en mesure de faire face d’une manière fonctionnelle aux pires coups du sort. Ces enfants ont ce que l’on nomme une « base sécure ».

La danse de l’accordage

Un enfant s’attache toujours à la personne qui s’occupe de lui quel que soit le modèle que cette personne lui renvoie. Et, la nature de l’attachement que l’enfant développe envers son parent influe énormément sur le cours de sa vie.

Ce que l’on nomme « l’attachement sécure » se forme quand les besoins de l’enfant sont pris en compte et satisfait et que la personne qui en a la charge est en phase émotionnellement et physiquement avec lui. Dans ce cas, cette personne apprend à ce dernier 3 compétences indispensables à la bonne santé psychologique :

  • Savoir gérer ses émotions et à revenir à l’état de calme après l’excitation ;
  • Savoir aire la différence entre les situations qu’il peut contrôler et celle où il a besoin d’aide ;
  • Comprendre qu’il est toujours en mesure, d’une manière ou d’une autre, de jouer un rôle actif face aux difficultés rencontrées.

A contrario, les enfants qui grandissent dans un cadre de maltraitance et/ou de négligence intègrent que leur terreur, leurs supplications et leurs pleurs ne rencontrent pas d’écho favorable chez la personne qui s’occupe d’eux. Ils en déduisent qu’ils n’ont que peu de contrôle sur ce qui leur arrive puisque rien de ce qu’ils peuvent faire ou dire n’arrête la raclée et ne leur apporte aide et attention. Ces apprentissages inconscients prédisposent ces enfants à plus de fragilité et d’instabilité psychologique. Et, d’une certaine façon, les conditionnent à céder face aux épreuves de la vie.

Devenir réel

Fort heureusement, la grande majorité des enfants ont la possibilité de développer un « attachement sécure ». L’attention régulière et prévisible dont ils bénéficient les aidera à tenir à distance la peur et l’anxiété, une fois adulte.

Pour les enfants maltraités, il en va tout autrement. Ils développent un « attachement insécure » et interprètent les expressions d’autrui non comme des signaux mais comme des menaces. Ils sont plus prompts à s’affoler ou à se méfier. Ils surréagissent à l’agressivité d’autrui, ne repèrent pas les besoins des autres, se ferment rapidement ou perdent leur sang-froid. Par conséquent, ils sont souvent mis à l’écart.

Pour sortir de cela, ils peuvent finir par apprendre à camoufler leur peur en jouant les durs ou à en s’enfonçant dans la solitude face à la télé ou la console de jeu par exemple.

Faire avec ses parents

Il existe différentes formes d’attachement qu’il est possible d’observer à travers ce que les scientifiques nomment « la situation étrange ». En voici les caractéristiques :

  • Une mère et son enfant sont placés dans une pièce inconnue remplie de jouets ;
  • Au bout d’une minute, un étranger fait son entrée dans la pièce ;
  • Un peu plus tard, la mère quitte la pièce laissant l’enfant avec l’étranger ;
  • Quelques minutes plus tard la maman revient.

Dans « l’attachement sécure », l’enfant est bouleversé lorsque sa mère le quitte et se montre enchanté à son retour. A ce moment, après un bref rapprochement ayant pour objectif de se rassurer, l’enfant se calme rapidement et reprend son jeu.

Dans « l’attachement insécure », les choses sont plus complexes et les chercheurs ont mis en exergue 3 modalités distinctes :

  • « L’attachement évitant » dans lequel l’enfant ne semble pas perturbé par l’absence de la mère. Il ne pleure pas lorsqu’elle s’en va et ne prête pas attention à elle quand elle revient. Cette apparente indifférence ne signifie pas qu’il ne se passe rien à l’intérieur de l’enfant puisque les mesures du rythme cardiaque effectuées sur ce type d’enfant indiquent une réaction de stress. En fait, ces enfants « évitant » ont développé une stratégie qualifiée de « Gérer mais ne pas ressentir ». Il apparaît que la plupart des mères des enfants « évitant » n’aiment pas toucher leur enfant. Elles ont du mal à le câliner et à le prendre dans leurs bras.
  • « L’attachement ambivalent ou anxieux » dans lequel le petit cherche en permanence à attirer l’attention en se cramponnant en hurlant ou en pleurant. Ces enfants « ressentent mais ne gèrent pas ». Ils semblent être parvenus à la conclusion que s’ils ne font pas tout un cirque, personne ne fera attention à eux. Ils sont bouleversés du départ de leur mère mais tirent peu de réconfort de son retour.
  • « L’attachement désorganisé » dans lequel les enfants semblent incapables d’entrer en communication avec leur mère. Cette manière d’être tient au fait que pour ces enfants, leur mère est en même temps effrayante et nécessaire à leur survie. Ils ne peuvent ni l’approcher (stratégie des sécures ou dans anxieux), ni détourner leur attention (stratégie des évitant), ni s’enfuir. Ces enfants regardent leur mère quand elle entre dans la pièce puis détourne aussitôt le regard. Incapables de choisir entre l’évitement et la recherche de contact, ils peuvent se balancer à 4 pattes, se figer ou encore se lever pour aller vers leur mère puis tomber. Ne sachant pas à qui se fier, ils peuvent se montrer très affectueux avec l’inconnu ou ne faire confiance à personne.

La désorganisation intérieure

Les bébés qui développent un « attachement désorganisé » ont du mal à réguler leur humeur et leurs réactions émotionnelles. À la maternelle, ils sont soit non impliqués et ailleurs, soit agressifs, et ils grandissent en développant divers problèmes psychiatriques. Ils présentent aussi un plus haut niveau de stress physiologique, qui s’exprime par un rythme cardiaque élevé, une faible variété de la fréquence cardiaque, une forte sécrétion d’hormones du stress et une faiblesse immunitaire.

Il faut savoir que la maltraitance n’est pas la seule cause de « l’attachement désorganisé » : des parents tourmentés par un traumatisme peuvent aussi se montrer instables émotionnellement et être incapables d’offrir à leurs enfants suffisamment de protection et de réconfort.

Les effets à long terme de l’attachement désorganisé

Une recherche étudiant « l’attachement désorganisé » a été menée par l’université de Harvard, aux états-unis, dans les années 1980. La particularité de cette expérience tient dans le fait qu’à son démarrage les enfants avaient 6 mois et à son terme, ils avaient 18 ans. Tous les enfants observés venaient de familles dites à haut risque, la plupart vivaient sous le seuil de pauvreté et près de la moitié des mères étaient célibataires. Il est ressorti de ce travail, 2 profils de mères pouvant conduire au développement d’un « attachement désorganisé ».

  • Certaines mères semblaient trop préoccupées par leurs problèmes personnels pour s’occuper de leur bébé. Elles étaient souvent intrusives et hostiles et tantôt le rejetaient, tantôt se conduisaient comme si elles s’attendaient à ce qu’il réponde à leurs propres besoins. Ces mères intrusives avaient été le plus souvent maltraitées et/ou avaient assisté à des violences conjugales dans leur enfance.
  • D’autres mères paraissaient désarmées et craintives. Elles avaient l’air douces, mais ne savaient pas se conduire en adulte, cherchant du réconfort auprès de leur enfant. Elles ne savaient pas le voir après s’être absentées et ne le prenait pas dans leurs bras quand il était bouleversé. Elles ne semblaient pas le faire exprès, elles ne savaient simplement pas l’écouter ni répondre aux signaux qu’il leur adressait, et n’arrivaient donc pas à le rassurer. Les mères réservées/dépendantes avaient plutôt subi des sévices sexuels ou perdu un parent (en l’absence de violences physiques).

Dix-huit ans plus tard, les enfants ont été à nouveau interrogé et il s’est avéré que ceux, qui à un an et demi, avaient eu une communication affective très perturbée avec leur mère présentaient avec une plus forte probabilité : un sentiment de soi instable, une impulsivité autodestructrice (dépenses excessives, partenaires sexuels multiples, toxicomanie, imprudence au volant, boulimie…), de fortes colères immotivées et un comportement suicidaire récurrent. Ainsi, nous voyons comment la nature de l’attachement précoce qui se développe entre l’enfant et sa mère influe potentiellement le comportement du premier à l’âge adulte.

La dissociation : savoir et ne pas savoir

Ce que les psychologues appellent « le phénomène de dissociation » se manifeste par le sentiment d’être perdu, submergé, abandonné et déconnecté du monde, tout en se considérant comme mal-aimé, vide, impuissant, coincé et déconsidéré.

Les recherches menées sur la thématique ont mises en saillance un lien existant entre le désengagement émotionnel et le manque d’écoute des mères lors des 2 premières années de leurs enfants et les symptômes de dissociation que ces derniers présentaient, jeunes adultes.

Il apparaît que les symptômes dissociatifs s’apprennent très tôt et qu’ils ne sont dus, ni à des traumatismes ultérieurs, ni à des violences. La précarité de la relation de certains enfants avec leur mère perturbe la construction du sentiment de réalité intérieure. Cela pousse ces enfants à développer un comportement accaparant et autodestructeur. Cela implique également que la qualité des premières relations de l’enfant est d’une importance cruciale pour prévenir les problèmes de santé mentale.

Par conséquent, le traitement des traumatisés ne doit pas seulement porter sur les traces d’événements traumatiques, mais sur la dissociation et la perte d’autorégulation qui sont les conséquences du manque régulier d’écoute, d’attention et d’affection dans l’enfance.

Chapitre 8 – Des relations piégées par les sévices et la négligence

Terreur et engourdissement

Comme nous l’avons vu, les personnes victimes de violences, de sévices et/ou de carences affectives pendant leur enfance peuvent faire montre de dérèglements émotionnels liés à ce qu’elles n’ont pas eu à leur disposition de modèle stable leur permettant d’apprendre à gérer leurs émotions et de distinguer la sécurité et le danger.

À ce propos, une étude menée sur des femmes ayant subies de l’inceste étant jeunes a mis en avant que cela avait également une traduction physique. Ainsi, leur corps, via leur système immunitaire, montrait une hypersensibilité accrue et était plus porté à se défendre sans raison valable et ce quitte à attaquer ses propres cellules. Tout se passe comme si même le corps des victimes d’inceste n’avait pas pu apprendre à repérer ce qui pouvait représenter une menace ou une opportunité.

Une carte du monde déchirée

Les parents ne se contentent pas de nourrir, d’habiller et de consoler leur bébé. Ils façonnent la manière dont son cerveau perçoit la réalité. Ils lui signifient, via leurs interactions avec lui, ce qui est dangereux et ce qui est sûr, les gens sur qui il peut compter et ceux qui le laisseront tomber et ce qu’il doit faire pour voir ses besoins satisfaits. Ces informations s’impriment dans la trame de ses circuits cérébraux et forment la matrice de son regard sur lui et sur le monde qui l’entoure : ses cartes internes.

Si ces cartes internes sont relativement stables dans le temps, elles peuvent aussi évoluer. Par exemple, nous savons que des événements heureux comme l’amour, la naissance d’un enfant ou encore une expérience spirituelle ont la capacité de transformer les réseaux neuronaux à l’intérieur du cerveau. Par conséquent, les personnes négligées et maltraitées pendant leur enfance peuvent découvrir la beauté de l’intimité et de la confiance mutuelle plus tard dans leur vie. À l’inverse, l’agression d’un adulte peut déformer les cartes d’une enfance épanouie au point de dévier toutes ses routes vers la terreur ou le désespoir.

La modification volontaire de nos cartes intérieures passe par deux étapes essentielles visant à apprivoiser le cerveau émotionnel :

  1. Apprendre à observer et à tolérer les sensations déchirantes qui expriment la souffrance en soi.
  2. Apprendre à reconnaître les pensées et les comportements irrationnels liés aux émotions.

Dit autrement, ce n’est qu’après avoir appris à supporter ce qui se passe en soi que l’on peut commencer à modifier les émotions qui gardent ces cartes immuables.

Apprendre à se souvenir

Pour apprivoiser son cerveau émotionnel, il existe de nombreuses méthodes simples et accessibles à tous. BVDK les utilise régulièrement pour traiter ses patients. En voici quelques-unes :

  • La concentration sur la respiration profonde
  • L’acupression qui consiste à tapoter les points d’acupuncture
  • La méditation de pleine conscience

Haïr son foyer

Un enfant ne peut pas choisir ses parents. Il ne peut pas non plus comprendre qu’ils sont parfois trop déprimés, paumés ou furieux pour être là pour lui, ou qu’il n’est pas forcément la cause de leur comportement. À la différence des adultes, un enfant ne peut pas demander de l’aide à d’autres autorités, ni aller vivre ailleurs : sa vie entière est entre les mains de ses parents. Les enfants sont donc forcés de s’organiser pour tenir dans la famille qui leur est donnée.

Par conséquent, s’ils sont victimes de violences ou de négligences, ils ne peuvent que mobiliser toute leur énergie pour ne pas y penser et ne pas éprouver dans leur corps la peur et la panique. Le plus souvent, ils agissent et réagissent à leurs émotions par la rage, la fermeture, la rébellion ou la docilité.

Une autre difficulté réside dans le fait que les enfants sont foncièrement loyaux envers leurs parents, et cela même si ces-derniers sont maltraitants. Ainsi, il n’est pas d’enfant de moins de 10 ans qui, même torturé dans son foyer, n’aurait pas préféré pas y rester plutôt que d’être placé.

Chapitre 9 – Et l’amour dans tout ça ?

Un patient ayant vécu une enfance compliquée et présentant des troubles psychologiques recevra en moyenne 5 à 6 diagnostics différents au cours de sa prise en charge. Si le psychiatre se focalise sur ses changements d’humeur, il le jugera bipolaire. S’il est plus touché par son désespoir, il dira qu’il souffre de dépression majeure. S’il se concentre sur son agitation et son manque d’attention, il pourra lui attribuer un TDAH (Trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité).

Les diagnostics quels qu’ils soient, y compris celui de stress post-traumatique, présentent plusieurs inconvénients majeurs dans la prise en charge et le processus de guérison.

En premier lieu, ils « collent » sur la personne une étiquette qui va avoir une influence profonde sur la manière dont elle se définit. Ainsi, il n’est pas rare d’entendre des patients se présenter en disant : « Je suis dépressif » ou « Je suis bipolaire ». Avouez que pour espérer dépasser son mal-être, ces identifications ne fournissent pas les meilleurs appuis possibles.

En second lieu, le diagnostic réduit la personne à une liste de symptômes et donc à une somme de difficultés à rectifier. Dit autrement, la personne est un problème et non une source de solution.

Enfin, et en lien avec le point précédent, aucun des diagnostics posés ne prend en compte les forces et les talents qui sont en chacun de nous.

L’automutilation

L’automutilation est un symptôme fréquemment présent dans les cas de personnes ayant des antécédents de maltraitance et/ou de sévices sexuels. Si, dans de nombreux cas, la thérapie parvient à supprimer de tels actes, il arrive que rien n’y fasse. Nous comprenons ce geste, qui de l’extérieur peut apparaître comme très troublant, comme une tentative désespérée d’acquérir un sentiment de contrôle.

Dans ce genre de situation, les études montrent que les personnes qui arrivent à s’en sortir ont au moins une expérience dans leur enfance au cours de laquelle elles se sont senties en sécurité. Ce sentiment peut se réactiver, une fois à l’âge adulte, et les sortir de la tourmente lorsqu’elles font l’expérience de relations harmonieuses dans la vie quotidienne ou au cours d’une thérapie. En revanche, s’il manque l’impression profonde d’avoir été aimé et protégé, les récepteurs du cerveau qui réagissent à la gentillesse peuvent ne pas se développer.

L’épidémie cachée

Comment transforme-t-on un nouveau-né, plein de promesses et de capacités, en trentenaire alcoolique, hyper-anxieux ou déprimé ? Voilà une question qui se pose…

Une étude américaine menée sur plus de 50 000 patients comprenant un questionnaire de santé approfondi et des questions traitant spécifiquement des expériences négatives de l’enfance comme les sévices physiques et sexuels, les négligences physiques et émotionnelles et les dysfonctionnements familiaux (parents drogués, divorcés, en prison ou malades psychiatriques) apporte des éléments de réponse.

Il apparaît tout d’abord que les traumatismes dans l’enfance et l’adolescence sont bien plus fréquents qu’on ne le pense. Ainsi :

  • Seul 1/3 des participants de l’étude a indiqué ne pas avoir vécu de mauvaises expériences infantiles.
  • 1 personne sur 10 a répondu « oui » à la question « Un de vos parents ou un autre adulte de votre foyer vous a-t-il souvent injurié, rabaissé ou insulté ? »
  • 1 personne sur 4 a répondu favorablement aux questions « Un de vos parents vous a-t-il souvent ou très souvent :
    1. Poussé, empoigné, giflé ou jeté un objet à la figure ?
    2. Frappé au point de vous blesser ou de vous contusionner ?
  • 28 % des femmes et 16 % des hommes ont répondu par l’affirmative aux questions « Un adulte ou une personne d’au moins 5 ans votre aîné :
    1. Vous a-t-il fait des attouchements sexuels ?
    2. A-t-il jamais tenté d’avoir des rapports oraux, anaux ou vaginaux avec vous ?
  • Une personne sur 8 a répondu « oui » aux questions « Quand vous étiez petit, avez-vous vu souvent ou très souvent quelqu’un :
    1. Pousser votre mère, l’empoigner la gifler ou lui jeter un objet à la figure ?
    2. Lui donner des coups de poing ou de pied, la mordre ou la frapper avec un objet dur ?

De plus, il est apparu une corrélation entre la présence d’expériences négatives dans l’enfance et l’état de santé des personnes interrogées. Plus les personnes répondaient affirmativement aux questions posées et :

  • Plus leur taux de dépression explosait
  • Plus la probabilité qu’elles soient sous anti-dépresseurs ou anti-douleurs s’élevait
  • Plus elles avaient de chance d’avoir fait une ou plusieurs tentatives de suicide
  • Plus elles étaient sujettes à l’éthylisme ou à la consommation de drogues dures
  • Plus elles avaient de probabilité de fumer, d’être en situation d’obésité, d’avoir eu des grossesses non-désirées, des maladies sexuellement transmissibles et des partenaires multiples
  • Enfin, elles étaient plus exposées aux maladies hépatiques et coronariennes et aux cancers

Quand les problèmes sont en vérité des solutions

Les comportements, les états psychologiques et physiques de certaines personnes suite à un traumatisme doivent être considérés, non pas comme des problèmes à résoudre, mais comme des solutions mises en place pour surmonter le choc et la douleur, s’adapter et finalement permettre la survie.

Pour illustrer son propos, BVDK attire notre attention sur le cas de certains patients en situation d’obésité. Par exemple, le poids peut-être pour une femme qui a été victime d’un viol une protection contre les hommes. Comme lui a dit un jour une de ses patientes « On ne regarde pas les grosses et c’est ce qu’il me faut ».

Le fait de confondre les solutions mises en place par l’organisme avec des problèmes peut avoir des conséquences néfastes puisque le symptôme apparent est simplement un marqueur de la vraie difficulté enfouie dans le passé et le supprimer sans traiter la cause profonde n’apporte rien de bon sur le long terme. Ainsi, si vous faîtes faire un régime à la femme victime de viol, sans prendre en compte le traumatisme, soit cela fonctionnera pas, soit cela déplacera le symptôme dans un autre domaine (ex : consommation d’alcool, de tabac…)

Chapitre 10 – Le traumatisme développemental : l’épidémie cachée

Pour poser un diagnostic de stress post-traumatique, un psychiatre ou un psychologue se fie à une liste précise de symptômes :

  • La personne a été exposée à un événement terrible (menace de mort, contact avec la mort, blessure, menace pour son intégrité physique ou celle des autres) ;
  • Cet événement a causé une peur intense, l’horreur ou l’impuissance ;
  • Il en résulte diverses manifestations : des reviviscences intrusives (flash-back, mauvais rêves, impression que l’événement se reproduit), un évitement persistant et paralysant (de personnes de lieux, de pensées ou d’émotions associées au traumatisme parfois avec une amnésie partielle de celui-ci) et une excitation accrue (insomnie, hypervigilance ou irritabilité)

Ces critères clairs posent problèmes dans le cas des enfants maltraités et négligés qui, bien qu’ayant vécu des traumatismes, ne présentent pas exactement les mêmes symptômes.

En analysant les données disponibles, certains chercheurs ont mis en évidence un profil régulier pouvant correspondre à ce que BVDK nomme le traumatisme développemental :

  1. Tendance globale à la dérégulation émotionnelle (instabilité émotionnelle)
  2. Problèmes d’attention et de concentration
  3. Difficultés à s’entendre avec les autres et avec soi-même

Les enfants présentant ces symptômes sont très versatiles, passant très vite de la colère et de la panique au détachement, à la dissociation ou à l’athymie. Lorsqu’ils sont bouleversés, ils ne peuvent ni se calmer, ni décrire ce qu’ils ressentent.

Pour apaiser leur tension, ils se balancent, se masturbent ou se font souffrir en se mordant, en se coupant, en se frappant ou en se brûlant. Comme ils dépensent toute leur énergie à se contrôler, ils ont du mal à prêter attention à des activités sans rapport avec la survie et leur hyper-excitation les rend facilement distraits.

Comment les relations façonnent le développement

Les enfants régulièrement poussés à bout, surexcités et déroutés n’acquièrent pas une bonne synchronisation des systèmes qui régulent l’excitation et l’inhibition de leur cerveau. Par conséquent, ils grandissent en s’attendant à perdre leur sang froid au moindre bouleversement. A contrario, les bébés qui jouissent de soins constants apprennent à bien se réguler.

Les enfants de parents imprévisibles réclament de l’attention et son extrêmement frustrés à la moindre contrariété. Leur excitation persistante les rend chroniquement anxieux et leur recherche permanente de réconfort les empêche de jouer et d’explorer, de sorte qu’en grandissant, ils ne deviennent guère aventureux et se montrent toujours nerveux.

Dans le milieu scolaire et social, leur anxiété permanente les rendent agressifs et rebelles, ils sont peu enclins à montrer de l’empathie pour la souffrance d’autrui. Ils sont vite catalogués comme perturbateurs et comme les « enfants perturbateurs » sont impopulaires, ils sont encore plus rejetés et punis, non seulement par leurs parents, mais aussi par leurs camarades et leurs enseignants.

Les effets à long terme de l’inceste

Dans la même optique, une étude ayant suivi sur plusieurs années 84 filles victimes d’inceste et 82 filles d’un groupe témoin au statut socio-économique, à l’âge et à la structure familiale similaires a montré, sans ambiguïté possible, que les filles victimes d’inceste souffraient d’une vaste gamme d’effets négatifs : déficit cognitif, symptômes dissociatifs, développement sexuel perturbé, taux élevé d’obésité, automutilation et dépression. Elles étaient plus nombreuses à avoir abandonné le lycée et avaient davantage souffert de maladies graves. Elles présentaient aussi des anomalies dans les réponses de leurs hormones du stress et avaient accumulé une foule de diagnostics psychiatriques.

Lors du suivi, à chaque évaluation, il était demandé aux filles d’évoquer l’événement le plus pénible qu’elles avaient vécu l’année précédente. Pendant qu’elles narraient leur histoire, les chercheurs observaient à quel point elles étaient ébranlées, tout en mesurant leurs paramètres physiologiques. Plus les années passaient et moins les filles victimes d’inceste montraient de réactions au stress, leur voix restait calme et leur taux de cortisol restait bas. Tout se passe comme si le traumatisme provoquait un engourdissement émotionnel engendré par le fait que le corps s’adapte au traumatisme chronique. Ce processus peut être déroutant pour l’entourage puisque les enseignants, les amis et les proches risquent de ne pas repérer le bouleversement vécu.

Partie 4 : L’empreinte du traumatisme

Chapitre 11 – Découvrir les secrets : le problème de la mémoire traumatique

Mémoire ordinaire et mémoire traumatique

La mémoire est un processus permanent de reconstruction. Nous savons tous combien nos souvenirs changent et sont sans cesse réactualisés. Dit autrement, nos souvenirs ne reflètent pas précisément la réalité, ce sont plutôt des histoires que nous nous racontons pour donner notre version personnelle de notre expérience au moment précis où nous l’évoquons.

A ce propos, une étude ayant suivi 200 étudiants de Harvard de 1939-1944 à nos jours, illustre l’aptitude extraordinaire de l’esprit humain à réécrire les souvenirs. Tous ces étudiants ont été interviewés en détails sur leur expérience des combats en 1945-1946, puis de nouveau en 1989-1990. Quarante-cinq ans plus tard, presque tous ont donné une version très différente du récit qu’ils avaient réalisé au lendemain du conflit : avec le temps leur histoire avait perdu en horreur. En revanche, ceux qui ont été traumatisés et avaient développés un syndrome de stress post-traumatique n’ont pas changé leur témoignage.

Le fait de nous rappeler un événement particulier et le degré de fidélité du souvenir que nous en gardons dépendent en grande partie de son importance pour nous et de l’émotion qu’il nous a causée. Ainsi, la plupart des gens se souviennent où ils étaient le 11 septembre 2001, mais seulement quelques-uns se souviennent d’un épisode de la veille.

L’esprit fonctionne en suivant des plans ou des cartes, et les incidents qui sortent de la routine sont les plus propres à attirer son attention. Ce sont les insultes et les blessures qui marquent le plus notre mémoire : l’adrénaline que l’on sécrète pour se défendre contre les menaces nous aide à graver ces incidents dans notre esprit. En général, même si la teneur de l’insulte s’efface, notre aversion pour la personne qui l’a lancée persiste.

Quand survient un événement terrifiant, comme un accident dans lequel un ami est blessé sous nos yeux, nous le gardons longtemps et clairement en mémoire. Ainsi, plus on sécrète d’adrénaline plus le souvenir est précis. Mais cela n’opère que jusqu’à un certain point.

Confronté à l’horreur absolue ce système est débordé et devient inopérant. Dans cette situation, le cerveau émotionnel qui ne peut être contrôlé consciemment et ne peut pas communiquer verbalement, prend les commandes pour assurer la survie. L’inconvénient de ce mécanisme utile est qu’il déconnecte les zones du cerveau servant à stocker et à intégrer les informations entrantes. Par conséquent, les empreintes des expériences traumatiques sont encodées non pas sous la forme d’un récit logique et cohérent mais sous la forme de traces émotionnelles et sensorielles fragmentées : images, sons et sensations physiques

Dans le syndrome post-traumatique, contrairement au souvenirs ordinaires, sujets aux variations et aux déformations, l’événement traumatique ne peut être relégué dans le passé. Ne se présentant pas sous la forme habituelle, il ne peut s’intégrer aux stocks agglomérés, toujours changeants, des souvenirs autobiographiques, ce qui crée un double système mnésique.

Chapitre 12 : Le poids intolérable du souvenir

Dans certaines situations, le souvenir traumatique peut même être refoulé et resurgir de longues années plus tard.

Certaines études montrent que l’amnésie est plus fréquente chez les victimes d’abus sexuels infantiles comparés aux victimes de catastrophes naturelles, de guerre, de sévices physiques, d’accidents, d’enlèvements et de tortures. Des travaux intéressants menés dans les années 1970 reposant sur les interviews de 206 filles, âgées de 10 à 12 ans, et ayant été admises aux urgences pour abus sexuels, montrent que 17 ans plus tard, sur 136 filles réinterrogées :

  • 38 % ne se rappelaient pas l’abus sexuels ;
  • 12 % ont déclarés n’en avoir jamais subi ;
  • 68 % ont parlé d’autres agressions analogues.

De plus, les femmes les plus sujettes à l’amnésie étaient celles qui étaient les plus jeunes au moment des faits et celles qui avaient été violées par une personne de leur connaissance.

De plus, la recherche a mis en exergue que les souvenirs, une fois retrouvés, avaient tendance à être enregistrés sous une version modifiée. Ainsi, dès qu’on commence à raconter et à se remémorer ce qui s’est passé, le souvenir évolue.

Je vous remercie de m’avoir lu jusqu’au bout. Pour poursuivre votre découverte des mécanismes du stress post-traumatique, tant chez l’enfant que chez l’adulte, vous êtes libre de découvrir la 3ᵉ et dernière partie de la chronique dans laquelle vous apprendrez quelles sont les voies de la guérison et de la résilience.

Pour lire la dernière partie, vous n’avez qu’à CLIQUER ICI. À tout de suite.

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