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Chronique #6-3 : Guérir du traumatisme

Chronique #6-3 : Guérir du traumatisme

À découvrir dans cette chronique

Cet article est la dernière partie de la chronique du livre « Le corps n’oublie rien » de Bessel Von Der Kolk. Elle traite des solutions qui existent pour prendre en charge le stress post-traumatique. En la lisant vous découvrirez :

  • Les processus qui permettent de réguler la suractivité du cerveau des traumatisés
  • Les points à prendre en compte pour choisir un thérapeute de qualité
  • Les effets de techniques telles que : l’EMDR, le yoga, la pleine conscience ou encore la thérapie familiale

Même si cette partie peut être lue de manière indépendante, je vous conseille tout de même d’aller jeter un œil aux parties précédentes :

Bonne lecture !

Le corps n'oublie rien - Les enfants et le stress traumatique
Le corps n’oublie rien – Guérir du traumatisme

Partie 5 : Les voies de la guérison

Chapitre 13 – Guérir du trauma : l’appropriation de soi

Il n’est pas possible de « soigner » une guerre, un abus sexuel ou encore une enfance difficile. En revanche, il est tout à fait possible de traiter les traces du traumatisme laissées sur le corps, l’esprit et l’âme. Cela implique :

  1. De trouver un moyen de se calmer et de se concentrer.
  2. D’apprendre à conserver ce calme face à des images, des pensées, des sons ou des sensations qui rappellent le passé.
  3. D’arriver à être pleinement vivant dans le présent et investi dans ses rapports avec son entourage.
  4. De ne rien se cacher à soi-même notamment les tactiques que l’on a mises en œuvre pour survivre.

Une nouvelle optique thérapeutique

Les moteurs des réactions post-traumatiques se trouvent dans le cerveau émotionnel (appelé également « cerveau limbique »). Ce dernier, contrairement au cerveau rationnel qui se manifeste par des pensées, s’exprime par des réactions physiques telles que l’estomac noué, le cœur qui s’emballe, la respiration qui s’accélère…

Malheureusement, dans le cas d’un traumatisme, il n’est pas possible de simplement raisonner l’angoisse et les peurs générées par le cerveau émotionnel en analysant ce qui se joue. En effet, si le cerveau rationnel permet de comprendre ce que nous ressentons et ce qui en est la cause, il n’a pas le pouvoir de supprimer les émotions, les sensations et les pensées. Par conséquent, comprendre pourquoi on éprouve quelque chose ne change pas ce que l’on ressent. Toutefois, cela peut permettre d’éviter ou d’atténuer des réactions extrêmes au prix d’une dépense d’énergie importante.

La thérapie du système limbique

Si l’on veut changer les réactions post-traumatiques, il faut accéder directement au cerveau limbique afin de réparer le système d’alarme défectueux qui amène une sur-réaction face aux stimulus liés à l’événement traumatique.

Une des voies possibles pour accéder directement au cerveau limbique passe par la conscience de soi, c’est-à-dire par l’activation de la zone du cerveau qui remarque ce qui se passe en soi et permet de ressentir les émotions. Cette partie du cerveau s’appelle le cortex préfrontal médian. Dit autrement, pour changer ce que l’on éprouve il est nécessaire de prendre conscience de son expérience intérieure et de pactiser peu à peu avec elle.

Pactiser avec le cerveau émotionnel

Traiter la surexcitation

La psychiatrie classique fait appel aux médicaments pour modifier le fonctionnement du cerveau émotionnel. S’il n’est en aucun cas question de nier l’utilité de la médication dans certaines situations, il faut savoir que l’Homme possède en lui de nombreux moyens de modifier son état émotionnel.

Il est montré que la majorité de l’information émotionnelle est construite sur la base de ce qui se passe dans le corps. Ainsi, 80 % des fibres du nerf vague (le nerf qui relie le cerveau au corps et qui est chargé de véhiculer les informations émotionnelles) courent du corps vers le cerveau. Cela implique que nous pouvons influencer directement nos émotions par notre manière de respirer, de chanter et de bouger.

Il n’est d’ailleurs plus à prouver que le chant, le yoga ou simplement le fait de respirer calmement permet de réduire les symptômes du stress post-traumatique aussi bien que les médicaments

Pas d’esprit sans pleine conscience

La conscience du corps nous met en contact avec notre monde intérieur et le simple fait de remarquer une irritation ou une anxiété permet aussitôt de modifier ce qui est, offre de nouvelles perspectives et ouvre de nouvelles options, différentes de nos réactions automatiques habituelles. La pleine conscience aide à toucher la nature transitoire des émotions et des perceptions.

Les traumatisés vivent avec des sensations qui semblent intolérables et qui leur font peur. Pour autant, le fait de chercher à les éviter augmente pour eux le risque d’en être submergés. Finalement, ce sont moins leurs bourreaux que leurs sensations physiques qui deviennent l’ennemi.

Pour sortir de ce cercle vicieux :

  • Le premier pas consiste à s’autoriser à se concentrer sur les sensations et à apprendre à les définir.
  • L’étape suivante tient dans l’acte d’observer l’interaction entre ses pensées et ses sensations.

Les relations

De multiples travaux ont montré qu’avoir un bon réseau de soutien est la meilleure protection contre le traumatisme. Rien ne calme davantage que la voix rassurante ou l’étreinte d’un proche lorsque l’on est terrifié.

Pour pouvoir se remettre, l’esprit, le cerveau et le corps doivent être convaincus qu’ils peuvent lâcher prise. Après un traumatisme aigu, on a besoin de voix et de visages familiers, de contact physique, de nourriture, d’un refuge et de sommeil. Il est donc crucial de communiquer, de près ou de loin, avec les êtres aimés.

Pour ces raisons, les traumatismes liés aux relations humaines sont plus délicats à dépasser. En effet, il est plus difficile de trouver et de se tourner vers des personnes rassurantes et de confiance après un viol qu’après un accident ou une catastrophe naturelle.

Dans ce cas, il sera nécessaire de trouver quelqu’un à qui on pourra se fier suffisamment, qui pourra contenir nos émotions sans danger et nous aider à écouter les messages douloureux de notre cerveau émotionnel. Un guide qui n’aura pas peur de notre terreur, qui pourra contenir notre rage la plus noire, et sauvegarder notre intégrité pendant qu’on explorera les expériences fragmentées qu’on a dû longtemps se cacher.

Choisir un thérapeute professionnel

Il n’existe pas de traitement unique dans la prise en charge du traumatisme. Ce qui est sûr, c’est qu’un thérapeute qui juge que sa méthode est la seule réponse à vos problèmes est plus un idéologue qu’une personne intéressée par votre guérison. Nul ne peut être au fait de tous les traitements possibles, et votre thérapeute doit être ouvert à d’autres options que vous pourrez suggérer et à ce que vous pourrez lui apprendre vous-même.

Il est indispensable de se sentir foncièrement à l’aise avec le thérapeute pour affronter ses peurs et ses angoisses. Vous devez également sentir qu’il est curieux de découvrir qui vous êtes et ce dont vous avez besoin.

La thérapie cognitivo-comportementale

Le but de ce type de thérapie est de désensibiliser graduellement la personne de ses peurs par un rappel réitéré de ses pires frayeurs. Pour ce faire :

  1. On utilise leurs récits ou des images, ce que l’on nomme l’exposition « in imagino »
  2. On les place dans de vraies situations anxiogènes mais sans danger, c’est l’exposition « in vivo »
  3. Ou on les expose à une réalité virtuelle via des scènes simulées par ordinateur.

La TCC se fonde sur le principe que, lorsque l’on est exposé à maintes reprises à un stimulus angoissant sans que rien de grave ne se produise, il nous perturbera de moins en moins.

Ce type de prise en charge est très efficace pour combattre des peurs irrationnelles comme celle des araignées, en revanche elle a donné de moins bons résultats chez les traumatisés, notamment les victimes de maltraitance infantile.

Et les médicaments ?

Les médicaments ne peuvent pas soigner le traumatisme, simplement modérer les expressions d’une physiologie perturbée. Ils peuvent aider à contrôler les émotions et le comportement. Seulement, cela à un prix : ils agissent en inhibant les systèmes chimiques de l’engagement, de la motivation, du plaisir et de la douleur.

Chapitre 14 – Le langage : miracle et tyrannie

Une étude menée auprès de 225 rescapés des attentats du « world trade center », s’intéressant à ce qui avait le plus aidé les personnes à surmonter les effets du choc a mis en évidence dans l’ordre : l’acupuncture, les massages, le yoga et l’EMDR*.

Ces résultats semblent suggérer que les interventions les plus utiles sont celles qui se centrent, non sur la verbalisation des événements traumatiques mais plutôt sur le soulagement des maux physiques liés au traumatisme.

Dès lors, il est légitime de se poser la question de l’utilité réelle, pour une personne traumatisée, de parler de ce qui lui est arrivée.

* Voir au chapitre 15 pour plus d’informations

Briser le silence

Bien entendu, comme nous l’avons vu précédemment, le fait rationaliser les émotions et les ressentis issus du vécu traumatique ne permet en aucun cas de les faire disparaître. Pour autant, nommer ce qui est arrivé offre une forme de maîtrise et de contrôle. De plus, le fait de pouvoir dire à quelqu’un à haute voix : « J’ai été violée » ou « Mon ex-mari me battait », est le signe que la guérison peut s’amorcer.

En fait, lorsque nous nous refusons à exprimer ce qui nous est arrivé, nous étouffons nos émotions au prix d’une incroyable dépense d’énergie. Ce processus nous empêche de poursuivre des buts salutaires, nous épuise et nous isole des autres. Cela accentue la réaction de stress et pendant tout ce temps où nous gardons le silence, les hormones du stress inondent le corps et provoquent des maux de tête, des douleurs musculaires, des problèmes intestinaux ou sexuels et des comportements irrationnels qui peuvent nous embarrasser et heurter nos proches.

Se reconnaître ou raconter son histoire ? Notre double système de conscience

Quiconque se lance dans une thérapie par la parole se heurte rapidement aux limites du langage tant il est difficile d’éprouver profondément ses émotions et de les confier à autrui en même temps.

En fait, les recherches en neurosciences montrent que l’homme possède deux formes de « conscience de soi » : l’une suit le “moi” à travers le temps, l’autre le capte dans l’instant présent.

La première forme, appelée le « moi autobiographique », crée des liens entre les expériences que nous vivons et les assemble dans une histoire cohérente. Elle est ancrée dans le langage et son objectif est de nous permettre de créer une histoire compréhensible par les autres.

La seconde forme, dite « conscience de soi immédiate », se fonde quant à elle sur les sensations physiques. Elle reflète la manière dont nous vivons les choses au plus profond de nous-même.

Ces 2 formes de « conscience de soi » sont gérées dans des parties distinctes du cerveau qui sont coupées l’une de l’autre. De plus, seule « la conscience de soi instantanée » peur influer sur le cerveau émotionnel.

S’écrire à soi-même

Pour accéder au cerveau émotionnel et lui permettre de digérer le vécu traumatique, il existe plusieurs moyens. L’un des plus efficaces passe par l’écriture.

En effet, lorsque l’on écrit, pour soi, à propos d’un événement traumatique on n’a pas à s’inquiéter du jugement des autres, on écoute juste ses pensées et on les laisse suivre leurs cours. Ainsi, l’on peut se connecter à la « conscience de soi immédiate » et mettre en pause le « moi autobiographique ». On est libre d’entrer dans une sorte de transe où notre stylo paraît canaliser ce qui remonte en nous.

Une étude menée auprès de jeunes traumatisés a mis en avant que ceux qui avaient écrit à la fois sur les émotions et les faits liés au traumatisme étaient ceux qui avaient le plus bénéficié de l’expérience : leur nombre de visites médicales avaient baissé de 50 % par rapport à ceux des membres d’un groupe témoin n’ayant pas réalisé d’écrits. Coucher sur le papier leurs sentiments profonds touchant le traumatisme avait amélioré leur humeur et leur santé physique. Il a aussi été montré que cet exercice d’écriture suite à un traumatisme permettait d’améliorer la fonction immunitaire.

Chapitre 15 – Se détacher du passé : l’EMDR

Mes premières expériences avec l’EMDR

L’EMDR ou « Eye Movement Desensitization and Reprocessing » est une méthode utilisée dans la prise en charge des traumatismes basée sur un certain type de mouvements oculaires. Cette technique :

  • Induit une détente dans l’esprit et/ou le cerveau permettant de donner un accès rapide à des images et à des souvenirs vaguement associés. Cela semble aider à mettre l’expérience traumatique en perspective et à la replacer dans un contexte plus large.
  • Permet de guérir d’un traumatisme sans en parler et d’observer ses expériences de façon nouvelle, sans passer par l’échange verbal.
  • Est utile même si le patient et le thérapeute n’ont pas de relation de confiance.

Mes recherches sur l’EMDR

Une étude visant à comparer les effets du Prozac, de l’EMDR et d’un placebo sur des patients atteints de stress post-traumatique a mis en avant les résultats suivants :

  • Comme souvent, les patients s’étant vus administrer une substance inactive ont montré de bons résultats. Au bout de 8 semaines, leur état s’était amélioré de 42 %.
  • Les sujets auxquels on avait donné du Prozac ont affiché un léger mieux par rapport à ceux qui avaient pris un placebo. L’amélioration moyenne de ce groupe étant de 5 à 15 % de plus que la substance inactive.
  • Les patients ayant suivi une thérapie par EMDR (8 séances) ont vu une guérison complète dans 25 % des cas contre seulement 10 % pour ceux qui avaient pris du Prozac. La vraie différence est apparue avec le temps puisque en interrogeant les patients 8 mois plus tard, 60 % des personnes ne présentaient plus aucun symptôme de stress post-traumatique. À l’inverse ceux qui avaient reçu du Prozac rechutaient dès qu’ils cessaient d’en prendre.

L’EMDR est un traitement puissant pour débloquer les souvenirs traumatiques, néanmoins il présente une moins bonne efficacité sur la maltraitance infantile chronique.

L’exploration du lien avec le sommeil

L’EMDR est basé sur des mouvements oculaires pouvant se rapprocher de ceux qui se produisent lors de certaines phases du sommeil, autrement appelées phases de « sommeil paradoxal ».

Ce « sommeil paradoxal »joue un rôle majeur dans la régulation de l’humeur. Ainsi, il est clairement démontré que l’augmentation de son temps atténue la dépression, alors que sa réduction tend à l’aggraver.

De plus, les rêves qui se réalisent pendant le sommeil ne cessent de produire, de recombiner et de réintégrer des bribes de souvenirs pendant des mois, voir des années. Ils réactualisent constamment les réalités souterraines qui déterminent ce à quoi on fait attention à l’état de veille.

Cela pourrait être un des mécanismes d’action de l’EMDR qui, en permettant, comme dans les rêves, de mettre à jour et de créer des associations entre nos souvenirs permettrait aux personnes traumatisées de sortir de leur incapacité à réorganiser et à intégrer leur expérience traumatique.

Chapitre 16 – Apprendre à habiter son corps : le yoga

L’engourdissement intérieur

Le souvenir de l’incapacité à se défendre est conservé de diverses manières parmi lesquelles des tensions musculaires et des impressions de désintégration des zones touchées : la tête, le dos ou les membres chez les accidentés, la vagin ou le rectum chez les victimes de viol.

La vie de nombreux traumatisés tourne souvent autour de 2 pôles : résister aux expériences sensorielles et les neutraliser. Par conséquent, ces personnes deviennent expertes en « engourdissement ». Elles peuvent être alternativement obèses ou anorexiques, accros au travail ou à l’exercice, consommer de l’alcool ou des drogues. Beaucoup cherchent à dissiper les tensions en se scarifiant d’autres essaient le saut à l’élastique ou des activités à haut risque, comme la prostitution ou le jeu. Autant de méthodes qui peuvent toutes donner, à tort, un sentiment de contrôle paradoxal.

La découverte du yoga : la régulation de bas en haut

Le système nerveux autonome (SNA) a pour fonction d’assurer notre survie à chaque instant et, pour satisfaire à sa mission, il dispose de 2 branches :

  • Le système nerveux sympathique, qui utilise des substances chimiques comme l’adrénaline pour pousser le cerveau et le corps à l’action
  • Le système nerveux parasympathique, qui se sert de l’acétylcholine pour réguler des fonctions comme la digestion, la cicatrisation, les cycles du sommeil et des rêves.

La VFC (variabilité de la fréquence cardiaque), que ceux qui pratiquent la cohérence cardiaque connaissent bien, est un bon moyen de mesurer l’équilibre relatif entre les systèmes sympathique et parasympathique.

Lorsque l’on est en pleine forme, la VFC est bonne ce qui indique que les deux systèmes collaborent étroitement pour maintenir une interaction optimale entre le corps, le cerveau et l’environnement.

Il est apparu que la VFC était anormalement faible chez les personnes souffrant d’un syndrome de stress post-traumatique. Autrement dit, dans cette situation, les branches sympathique et parasympathique de leur SNA sont désynchronisées ce qui a des effets, non seulement sur leurs pensées et leurs émotions, mais aussi sur la manière dont leurs corps réagit au stress.

Nos recherches sur le yoga

De nombreux travaux indiquent que la pratique du yoga est capable de modifier la VFC pour l’amener vers un meilleur équilibre.

Chapitre 17 – La réunification de soi, sous la conduite du self

L’esprit est une mosaïque

Nous sommes toutes et tous fait de plusieurs parties intérieures. À chaque instant, cohabitent en nous des parts qui souhaitent des choses spécifiques. Par exemple, une partie de vous peut avoir envie d’aller se coucher maintenant alors qu’une autre veut absolument terminer la lecture de cette chronique.

Les parties qui nous composent sont liées à des sentiments, des façons d’être et chacune dispose de ses convictions, ses intentions et d’un rôle spécifique dans l’écologie de notre existence.

La manière dont on s’entend avec soi-même dépend largement d’un talent de « leadership intérieur », c’est-à-dire de notre aptitude à écouter toutes les parties de notre personnalité, à veiller à ce qu’elles se sentent choyées et à les empêcher de s’écharper.

Dans cette optique, il est à noter que les neurosciences ont confirmé l’idée que l’esprit s’apparente à une société puisque le cerveau est formé de modules au fonctionnement semi-autonome qui ont chacun un rôle distinct.

La« thérapie du système familial » envisage l’ensemble de ces parties intérieures comme une famille, dont les membres n’ont pas le même niveau de maturité, d’excitabilité, de sagesse et de souffrance. Ces parties forment un réseau ou un système, où le changement de l’une influe sur toutes les autres.

Au moment du traumatisme, le moi s’effondre, et ses différentes parties se polarisent et se mettent à se faire la guerre. La haine de soi coexiste et lutte avec la grandiosité, l’affection avec l’hostilité, l’engourdissement et la passivité avec l’agressivité et la rage.

Tout se passe comme si le traumatise insufflait à ces différentes parties des émotions et des croyances qui les détournent de leur vocation naturelle. Par exemple, chacun a en soi des parties drôles et enfantines. Quand on nous maltraite, ce sont ces parties qui sont les plus blessées et qui se pétrifient. Cela les rend toxiques, ce qui nous pousse à les renier à tout prix. Ce sont des « exilées ». À ce stade, d’autres parties s’organisent pour protéger la famille intérieure contre elles. Des « managers » critiques et perfectionnistes peuvent veiller à ce que nous n’approchions jamais de personne ou nous pousser à nous activer sans relâche pour ne jamais prendre de plaisir. D’autres, protectrices, des « secouristes », interviennent chaque fois qu’une expérience déclenche une émotion exilée.

Le leadership du self

Toutes les facettes du moi ont besoin d’être prises en charge. Pour ce faire, le leader intérieur doit distribuer judicieusement les ressources existantes et offrir une vision d’ensemble qui tienne compte de toutes les parties.

Le système intérieur d’une victime de maltraitance se distingue par son manque permanent de leadership efficace, d’équilibre ou d’harmonie durable, et par les règles extrêmes qui régissent le fonctionnement de ses composantes.

Apprendre à connaître son paysage intérieur

En cas de traumatisme, la tâche première du thérapeute consiste à aider le patient à discerner les parties intérieures en action. Par le biais d’exercices de visualisation, prenant appui sur les émotions et les ressentis, il amènera le patient à identifier les parties à la manœuvre pour les rendre moins intimidantes et moins insupportables. Ensuite, il encouragera le patient à demander à chaque partie protectrice qui apparaît de rester provisoirement en retrait afin de voir ce qu’elle protège. Lorsque cela a été fait à plusieurs reprises, ces facettes commencent à se dégager, laissant de l’espace pour une observation en pleine conscience. Le patient apprend ainsi à mettre en suspens sa peur, sa colère ou son dégoût pour s’ouvrir à des états de curiosité et d’introspection. Il peut commencer à développer des dialogues intérieurs constructifs avec ses sous-personnalités.

Concrètement, voici ce à quoi cela peut ressembler. Le thérapeute engage le patient à identifier les parties qui interviennent dans le problème du moment, comme le sentiment d’être nul ou obsédé par des idées de vengeance en posant des questions comme : « Qu’est-ce qui ressent cela en vous ? À quoi cela ressemble-t-il ? ». À ce moment, il se peut qu’une image vienne à l’esprit de la personne. Une partie déprimée ressemblera peut-être à un enfant abandonné, une infirmière débordée ou un homme vieillissant, un côté vengeur à un soldat ou à un truand.

Ensuite, le thérapeute cherche à mettre au jour les parties protectrices en demandant : « Qu’éprouvez-vous envers cette partie de vous ? ». La réponse peut-être de la tristesse, de la terreur ou autre chose. Ensuite, il demande au patient de séparer le « vous » de la partie en question pour ouvrir la voie à une introspection en pleine conscience. Par exemple, si le patient donne une réponse extrême comme « Je la hais », le thérapeute dira :« Voyez si la partie qui la déteste peut s’écarter ? » en la remerciant pour sa vigilance. Si la partie accepte, il pose la question suivante : « À présent, que ressentez-vous envers la partie (que vous rejetiez avant) ? ». Le patient dira probablement : « Je me demande pourquoi elle est si triste, vindicative… ». Cela permettra de mieux la connaître en lui demandant, par exemple, son âge et comment elle en est venue à se sentir ainsi.

À ce stade, le thérapeute se met en retrait, se bornant à surveiller les autres parties qui risquent d’interférer, à faire des commentaires empathiques ou à poser des questions comme : « Que dîtes-vous là-dessus à la partie concernée ? », « À présent, où voulez-vous aller ? », « Quelle est à votre avis, la prochaine étape ? »

Chapitre 18 – Combler les manques dans les cartes intérieures

Traiter les traumatismes est une chose, mais se confronter au vidé intérieur, aux failles laissées dans l’âme par le fait de n’avoir pas été voulu, d’avoir été invisible et de ne pas avoir été autorisé à dire la vérité en est une autre.

La recherche a montré que les patients qui ne s’étaient pas sentis désirés, ou ne s’étaient pas sentis en sécurité avec personne dans leur enfance, ne tiraient pas pleinement parti d’une thérapie traditionnelle, sans doute parce qu’ils ne pouvaient pas activer le souvenir d’avoir été choyés. Ainsi, malgré leurs efforts pour aller mieux et leurs réussites personnelles, ils étaient incapables d’effacer les traces laissées par un père qui les traitait comme s’il regrettait leur naissance ou par une mère déprimée pour les remarquer.

Restructurer les cartes intérieures

Pour ces patients, il existe différentes alternatives que je n’approfondirait pas ici en raison de leurs aspects techniques :

  • La thérapie psycho-corporelle
  • La réécriture de son scénario de vie

Chapitre 19 – Neurosciences appliquées : la reprogrammation des circuits de la peur

La symphonie du cerveau

A chaque instant, le cerveau fonctionne et génère une activité électrique qu’il est possible de mesurer. Cette activité reflète l’état de notre cerveau, de notre monde intérieur et donc de savoir si nous sommes stressés ou bien détendus.

Le « neurofeedback » renvoie au cerveau un miroir de son propre fonctionnement et l’encourage à augmenter ou à réduire l’émission de certaines fréquences, créant ainsi de nouvelles habitudes qui accroissent sa tendance à l’autorégulation.

Le B.A.-BA des ondes cérébrales

Pour mesurer l’activité électrique du cerveau, on utilise un EEG (électroencéphalogramme). En le lisant, on peut distinguer plusieurs ondes émises par notre boîte crânienne :

  • Les ondes DELTA, les fréquences les plus lentes (2 à 5 Hz), qui apparaissent le plus souvent pendant le sommeil. Lorsqu’elles sont présentes, cela signifie que le cerveau fonctionne au ralenti et que l’esprit est tourné vers lui-même. Si on a trop d’ondes DELTA à l’état de veille, on a l’esprit brumeux, un piètre jugement et on contrôle mal ses impulsions.
  • Les ondes THÊTA (5 à 8Hz) qui dominent à la lisière du sommeil, comme dans l’état de flottement d’une transe hypnotique. Ces ondes créent un état d’esprit non contraint par la logique et les exigences ordinaires de la vie et donc à même de produire des associations nouvelles.
  • Les ondes ALPHA (8 à 12Hz) qui s’accompagnent d’un sentiment de paix et de calme. Elles sont bien connues des gens qui ont appris à méditer en pleine conscience.
  • Les ondes BÊTA (13 à 20Hz) sont les plus fréquentes et les plus rapides. Quand elles dominent, l’esprit est tourné vers le monde extérieur. Elles permettent de se concentrer lorsque l’on exécute une tâche. La fréquence BÊTA la plus élevée (>20Hz) est toutefois associée à l’agitation, l’anxiété et la tension physique.

Comment le traumatisme modifie-t-il les ondes cérébrales ?

Le cerveau des traumatisés présente, à la fois, une activité intense dans le centre de la peur associé (lobe temporal) et un excès d’ondes lentes dans le cerveau rationnel. Cela signifie que le cerveau émotionnel surexcité domine la vie mentale de ces personnes.

Les recherches montrent que calmer le centre de la peur réduit les problèmes liés au traumatisme. Cela se traduisant par une meilleure clarté mentale et une réduction des symptômes du stress post-traumatique (anxiété, dépression, plaintes somatiques, paranoïa, addictions…)

Aider le cerveau à se concentrer

L’entraînement par « neurofeedback » peut améliorer la créativité, les performances sportives et la conscience intérieure. Il est utilisé dans les domaines du sport et de l’art de haut niveau. Il est aussi utilisé pour améliorer la concentration dans les troubles de l’attention et de l’hyperactivité.

L’entraînement ALPHA-THÊTA

L’entraînement ALPHA-THÊTA est une technique de neurofeedback particulièrement fascinante, car elle peut induire l’état de semi-conscience, l’essence de la transe hypnotique. Quand les ondes THÊTA dominent, l’esprit se concentre sur le monde intérieur, formé d’images flottantes. Les ondes ALPHA, elles, peuvent servir de passerelle entre les mondes intérieur et extérieur.

Une des grandes difficultés des traumatisés est d’arriver à ouvrir leur esprit à de nouvelles possibilités pour ne plus interpréter le présent comme une reviviscence permanente du passé. Les états de transe, où dominent l’activité THÊTA, peuvent permettre d’assouplir les réactions conditionnées. Cela permet aussi de revivre sans risque, dans les états crépusculaires, des événements traumatisants et d’y introduire de nouvelles associations.

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